Pour cette interview dans Behind The Scene, on laisse de côté les supports habituels. Pas de CD, pas de vinyle, mais on s’intéresse à un livre.
Et pas n’importe lequel, vu qu’il s’agît ici de la version Française de l’autobiographie de l’ex-marteleur de fûts de Scorpions, Herman Rarebell, « En Parlant Des Scorpions ».
Rencontre avec Guillaume Gaguet, traducteur de l’ouvrage, dont la sortie est programmée pour le 20 Novembre, dans nos contrées…

Bonjour Guillaume, peux-tu nous présenter ton parcours littéraire ?
Je ne suis pas un auteur de formation, même si j'ai toujours aimé écrire à propos des sujets qui me tiennent à cœur. Je travaille dans le privé, comme rédacteur technique, mais j'écris depuis 2003 des chroniques d'albums (essentiellement dans les genres folk, celtique et hard rock) pour diverses publications en ligne. Je suis également animateur du fan-club officiel francophone des Scorpions, Crazyscorps. Ce sont ces années d'écriture qui m'ont donné suffisamment confiance en moi pour franchir le pas et oser me lancer dans des projets plus exigeants, tels que l'écriture d'un ouvrage biographique en 2016.

Tu es l’auteur de la biographie de Scorpions, « 50 Ans Dans l’Oeil Du Cyclone ». Entre le groupe et toi, c’est une histoire d’amour ?
C'est en effet une longue histoire d'amour, même si je suis encore relativement jeune, tout du moins si on me compare à l'âge canonique des membres du groupe ! C'est Scorpions qui a constitué pour moi une porte d'entrée dans l'univers du hard rock / heavy metal, et c'est ce groupe qui m'a procuré, et me procure encore aujourd'hui, mes plus fortes émotions musicales. Je me suis diversifié depuis, mais j'y reviens toujours. C'est aussi pour cela que je prends autant plaisir à m'occuper du fan-club du groupe.

Et à l’époque de cette biographie, qu’est-ce qui t’avais donné l’envie d’écrire sur ce groupe ? Tu es fan ok, mais encore ?
J'avais envie de réparer un oubli. En France, on peut trouver tout un tas d'écrits sur AC/DC, Iron Maiden, les Rolling Stones... tous ces grands groupes de rock et de hard rock. Mais sur Scorpions, rien du tout ! Et alors que la popularité du groupe remontait dans les courants des années 2000 et 2010, je ne voyais rien venir. J'ai donc décidé de m'y mettre, avec le soutien de quelques amis qui m'ont confirmé que ce genre d'ouvrage leur ferait plaisir. J'avais beaucoup de matière, notamment des interviews des différents membres du groupe que j'ai réalisé au fil des années, et l'écriture a surtout constitué en un gros travail d'assemblage et de sélection des éléments dont j'allais parler. Cela m'a pris environ neuf mois de travail.

« En Parlant Des Scorpions » est une autobiographie écrite conjointement par Herman Rarebell et Micheal Krikorian. Comment en es-tu arrivé à participer à ce projet ?
Herman a publié son autobiographie en 2011 en version anglaise. Cette même année, j'ai contacté l'éditeur Camion Blanc pour lui proposer d'en faire la traduction, et il s'est montré tout de suite intéressé. Mais les tractations avec Herman n'ont pas pu aboutir. En 2016, j'ai de nouveau parlé de cette idée à Herman, qui a cette fois fait preuve d'un enthousiasme plus grand. Camion Blanc étant toujours partant, je me suis alors mis au travail.

Et en gros, ça parle de quoi ?
Ce livre est donc l'autobiographie de Herman Rarebell, qui fut le batteur des Scorpions pendant l'âge d'or du groupe, entre 1978 et 1995. Herman a notamment participé à l'écriture de plusieurs grands succès des Scorpions, tels que « Blackout » et « Rock You Like a Hurricane ». Dans cet ouvrage, Herman parle bien sûr de sa carrière avec le groupe, émaillée de nombreuses anecdotes cocasses, voire salaces, mais aussi de son enfance, et de sa carrière post-Scorpions. On y trouve également de nombreuses réflexions plus généralistes sur le succès, l'amour, la mort, la musique... tout un tas de thèmes sur lesquels Herman a des idées bien arrêtées ! Ce n'est pas qu'une simple succession d'événements. C'est l'histoire d'un groupe, l'histoire d'un homme, et en substance l'histoire du rock.

En qualité de traducteur, ça ne doit pas être évident de se mettre dans la peau de l’écrivain (Michael) et du personnage central (Herman). Comment as-tu travaillé ?
La traduction a en effet été un défi. Herman écrit de manière très directe, et ne s'embarrasse pas de fioritures. Il a donc fallu tenter de se glisser dans sa tête, et ne pas rendre la traduction trop « littéraire ». Pour cela, j'ai pu compter sur l'aide de Rachid, un excellent ami, qui est repassé derrière toutes mes traductions initiales pour me suggérer des pistes d'améliorations et m'offrir le recul nécessaire. Ce travail constitué de nombreux échanges a permis d'aboutir à une véritable adaptation plus qu'à une traduction mot-à-mot.

Ce travail de traduction doit demander pas mal de temps je suppose…
Cela m'a en effet occupé pas mal de temps, de mars à juin de cette année, en travaillant en moyenne deux heures par jour, puisque je ne suis pas professionnel. Je traduisais un chapitre puis l'envoyais à Rachid qui me faisait part de ses remarques et suggestions, dont je tenais compte pour améliorer le texte. Ensuite, j'ai soumis la traduction a mon éditeur qui a lui-aussi relu le texte et me l'a envoyé une dernière fois au début de l'été pour les dernières retouches et la validation finale.

Ce livre s’adresse à qui principalement : aux fans de Scorpions / aux fans de Herman / aux fans de Hard Rock ? Pas évident de cibler non ?
J'aime à penser que ce livre peut intéresser les amateurs de rock en général. Bien sûr, Herman parle spécifiquement des Scorpions, et ceux qui n'ont jamais entendu parler du groupe risquent d'être un peu perdus, mais il digresse régulièrement sur tout un tas de sujets liés ou non à la musique qui sont universels : la difficulté de se faire un nom, la gestion du succès et de ses à-côtés, les périodes de vaches maigres, la gestion de carrière une fois le groupe quitté... ce sont des sujets qui peuvent intéresser les amateurs de musique en général.

As-tu un passage que tu aimes tout particulièrement (concernant la vie de Herman ou de Scorpions) ?
Naturellement, il y en a plusieurs. J'aime quand Herman se fait conteur d'anecdotes, comme lorsqu'il raconte celle qui concerne Rudolf Schenker, guitariste des Scorpions, éméché et qui a donné naissance au morceau « Blackout ». Mais j'apprécie également lorsqu'il prend du recul sur sa vie et sa carrière pour l'analyser avec lucidité. Il n'hésite pas à faire son auto-critique, et on lit rarement une telle franchise dans les auto-biographies.

Peut-être d’autres projets de ce genre dans les prochains mois ?
J'en ai plusieurs, et j'espère pouvoir au moins en mener un à bien. Sur les Scorpions, j'aimerais proposer un ouvrage plus analytique sur les textes du groupe et en proposer des traductions en français. Une autre traduction, celle du livre de Greg Prato récemment publié sur le groupe, est également dans les tuyaux, même si je vais attendre un peu avant de m'atteler de nouveau à ce genre de travail. Je commence également à réfléchir avec un ami à l'idée d'un ouvrage sur les références aux cultures et civilisations celtiques dans la musique metal, tiré de mon mémoire universitaire sur le sujet. Bref, plein d'idées, mais trop peu de temps pour les réaliser !

Ton/tes album(s) préféré(s) de Scorpions ?
Il est toujours compliqué de choisir, car je reconnais fort bien manquer d'objectivité sur le sujet : j'aime tous les albums du groupe. Néanmoins, s'il ne fallait en garder qu'un, j'hésiterais certainement entre Crazy World et Pure Instinct, deux albums parus dans les années 90 et qui m'ont servi de porte d'entrée dans l'univers du groupe.

Pour conclure, un message pour les personnes qui vont lire cette interview ?
Je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire, et j'espère vous avoir donné envie d'en découvrir plus sur la vie bariolée de Herman « Ze German » Rarebell. Nous nous connaissons depuis maintenant plus de 10 ans, et je peux vous dire qu'il est particulièrement heureux que son autobiographie connaisse une nouvelle vie en France, un pays qu'il aime beaucoup. Herman est un mec intègre, qui a su rester simple et accessible, et malgré des apparences pleines de paillettes, il est très humble et lucide. Si vous voulez lire l'histoire d'une star du rock qui a su rester authentique et brut de décoffrage (il y en a trop peu), je ne peux que vous conseiller de lire « En parlant des Scorpions » !


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